Edito



Editorial                                   
                                                                                                                    

Père Jean-Marie Petitclerc

Salésien, expert des questions d’éducation dans les zones sensibles.



Solidarités et fraternité au quotidien

Ene question majeure se pose dans la France d’aujourd’hui devenue multi-ethnique, multi-culturelle, multi-religieuse, celle du vivre ensemble. Le principal défi est celui de l’éducation à la citoyenneté. Je définirai la citoyenneté comme le sentiment d’appartenance à un groupe partageant les mêmes valeurs. Cette appartenance est synonyme de droits, que confère le groupe et de devoirs qu’impose la vie en groupe. Plusieurs situations sont alors possibles.

Ainsi, en France, être citoyen, c’est appartenir à un pays, où les valeurs de la République « Liberté-Egalité-Fraternité » s’exercent dans le cadre de la démocratie. Mais ces trois valeurs ne sont pas de même nature. « Liberté et Égalité » sont de l’ordre du droit, « Fraternité » de l’ordre du devoir.

Et celle-ci me semble être la clé des trois valeurs. Car la liberté, hors du cadre de la fraternité, pourrait virer à la volonté de toute-puissance, et l’égalité, hors
de ce cadre, pourrait virer à l’égalitarisme.

Qu’est-ce que la fraternité ? Elle est différente de l’amitié, car on choisit ses amis, alors qu’on ne choisit pas ses frères. Elle est également différente de la solidarité. Donner 5 euros à un SDF constitue un geste de solidarité. Mais si je ne me mets pas à son écoute (ce dont souffrent le plus les exclus, c’est le sentiment que leur parole n’est prise en compte par personne), il ne s’agit pas d’un geste de fraternité. Celle-ci suppose l’échange, la réciprocité.

La fraternité est à la foi expérience de similitude et de différence, similitude car je reconnais à l’autre la même dignité qu’à moi-même, différence, car l’autre est différent de moi. Mais la difficulté que rencontre notre République aujourd’hui est celle-ci : « Au nom de quoi imposer ce devoir de fraternité » ? J’entends tellement de concitoyens dire : « Être frère avec les gens de ma résidence, d’accord, mais avec ces jeunes qui habitent les cités, ou ces gens qui campent sur ce terrain vague, très peu pour moi ! » Comme le dit le pape François dans sa première encyclique, La lumière de la foi « Dans la modernité, on a cherché à construire la fraternité universelle entre les hommes, en la fondant sur leur égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que cette fraternité, privée de la référence à un Père commun comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité. »

Pour le chrétien, la fraternité n’est pas de l’ordre du devoir, mais de la grâce ! Croire en un Dieu Père signifie découvrir l’autre comme un frère. Comme j’aime à le dire aux jeunes, on peut résumer la bonne nouvelle de l’Évangile en une équation : « Professer un Dieu Père » signifie « vivre en frères. »


 
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Révisé le 20/03/2019
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